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5 jours pour parler du logement vraiment!

Publié le par Emmanuelle AJON

La petite politique de la formule ne réglera pas le problème du logement !

Depuis quelques mois, quand on parle de la problématique du logement ou plutôt du manque  de logements, on nous sert la nouvelle formule miracle «  le logement d’abord  ». Que cela signifie-t-il exactement ? Le graal, une formule retrouvée dans la forêt de Brocéliande ?

En fait, le logement d’abord – housing first – est né dans les années 70 aux Etats-Unis pour aider les malades sortant des hôpitaux psychiatriques à retrouver une vie normale, avant d’être étendu aux sans-abri dans les années 90.
L’objectif était de reloger ceux que l’on a nommé les « sans abris chroniques », dont le suivi apparaissait trop coûteux car faisant appel à une multitude de services et de paliers avant d’arriver à un relogement dit autonome.
Par ailleurs, les prises en charge en escalier génèrent bien souvent l’engorgement de certaines structures, la sortie vers l’échelon suivant n’étant pas réalisable pour les personnes, ou le nombre de logements disponibles  en bout de chaîne se révélant insuffisant.
Le principe est donc de faire accéder les personnes à un logement et de les accompagner vers l’autonomie, de sorte à ne plus financer les structures dites d’hébergement et autre foyers d’accueil.

Le housing first est donc la prise en charge de personnes dites sans logis chroniques ou en difficulté, sollicitant aides ou traitement, susceptibles de devenir sans-abri.

En fait déjà ancienne, cette approche de la très grande précarité me semble plus humaine, en ce sens qu’elle ne ballote pas la personne en difficulté de structures en structures, même si des questions demeurent posées quant à l’effet réel de la prise en charge sur la problématique de fond au niveau individuel (maladies psychiatriques, addictions, etc.).

La dérive négative serait de déplacer la précarité de la rue à l’intérieur des immeubles, ce qui reviendrait à faire des portes d’appartement des « cache-misère ».

Si cette approche offre une piste de réponse séduisante qui mérite d’être expérimentée, on aura néanmoins compris que le logement d’abord n’est pas une formule magique capable de régler le problème du logement tout court ; celui-là même qui touche aujourd’hui non pas une petite partie mais bien la majorité de la population. Si l’on additionne en effet toutes les difficultés de logement rencontrées par les Français (logement insalubre, trop cher ou trop exigu, accédant surendetté, étudiant sans logement, etc.), on se trouve bien confronté à une pandémie qui ne cesse de s’aggraver.

Oui, le logement est devenu aujourd’hui un problème pour tous les Français, dont plus de 30% du budget est englouti dans le poste habitat contre 20% il y a quelques décennies seulement. Le drame du logement se cache bien aujourd’hui derrière la porte de nos voisins les plus proches :
 
- un petit retraité qui vit sans chauffer son appartement par manque de moyens ;
- une famille de salariés privée d’électricité par surendettement, incapable de régler ses factures ;
- une jeune femme qui, ayant perdu son emploi, a quitté son logement pour ne pas avoir de dettes et vit entre sa voiture et les invitations d’amis, etc.

La problématique actuelle, hypocritement sous-estimée, repose sur l’incapacité du marché immobilier à fournir des logements adaptés aux ressources d’une grande partie de la  population dont le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer.

La solution ne passera pas par la récupération de concepts au titre accrocheur mais, en premier lieu, par une production de logements à loyer modéré encadrée par l’Etat.

Ce serait mentir que d’affirmer que le pays, le gouvernement n’en ont pas les moyens, alors même que la création de logements est vecteur d’emploi, et qu’une économie colossale serait conséquemment réalisée sur les dispositifs d’aides sociales et financières et les mesures palliatives d’accompagnement des dégâts sociaux du mal-logement en France.

Aussi, même si la formule semble moins percutante à l’oreille que « le logement d’abord », le doublement du plafond de dépôt du livret A représente bien une véritable perspective de financement pour la création massive de logements sociaux en France.

Battons-nous contre la politique des petites formules et des spots publicitaires, et exigeons une politique d’engagement concret, clair et durable !

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Pascal Lafargue 28/01/2012 15:25

Belle initiative d'Emmanuelle à quelques jours du Rapport sur le Mal-Logement de la Fondation Abbé Pierre, très attendu et pourtant qui sera sans surprise. Depuis plus de 15 ans la Fondation dresse
l'état accablant de nos insuffisances.

Le logement d'abord ! Nous serions en parfait accord avec ce slogan qui affiche une volonté politique s'il y avait des logements pour tous et si tous pouvaient habiter un logement autonome. Ceux
qui sont sur le terrain savent bien que ce n'est pas le cas.

C'est la même inspiration politique - pour ne pas dire philosophique - qui faisait dire "tous au travail" avec le RSA. On laissait croire qu'il y avait du travail pour tous et que tous pouvaient
travailler. En creux, ceux qui ne travaillent pas sont des assistés et des fainéants.

Alors la priorité absolue est à la construction de logements très sociaux, accessibles au plus grand nombre. Il faudrait en programmer au moins 200 000 sur cinq ans. Ca ferait 1 000 000 ? Eh bien
voilà, c'est justement ce qui manque.

François Hollande propose de multiplier par 5 les pénalités infligées aux mairies qui ne respectent pas l'article 55 de la SRU. Cette mesure va dans le bon sens, mais elle n'est pas, à mes yeux,
suffisante. Allons au bout de cette logique. Les maires hors la loi, et qui ne s'engageraient nt pas dans une convention avec l'Etat pour atteindre le seuil des 20 % dans un délai négocié qui
tiendrait compte de la situation particulière des communes, devraient se voir retirer la capacité de signer les permis de construire.

Enfin, les associations qui oeuvrent dans les politiques d'hébergement, de mise à l'abri des gens à la rue, ne sont pas toutes des associations caritatives. Plusieurs, dont celle que j'ai l'honneur
de présider, sont des associations humanitaires qui ne font pas oeuvre de charité mais qui mènent des actions de service public en adéquation avec leurs engagements militants. Je ne suis pas
certain que seul l'Etat devrait accomplir lui-même toutes les missions de service public. Le monde associatif est une immense respiration indispensable à l'expression de la vie démocratique.

Pascal Lafargue
Président des Associations
Emmaüs de la Gironde